Il y a 80 ans, le 16 octobre 1946, les principaux condamnés du procès de Nuremberg étaient exécutés dans la prison de la ville allemande. Quelques jours plus tôt, le Tribunal militaire international avait rendu son verdict après près d’un an d’audiences. Pour la première fois, les dirigeants d’un État vaincu étaient jugés au nom d’un droit international pour des crimes commis pendant la guerre. Nuremberg allait profondément marquer l’histoire de la justice internationale.
Un procès inédit au lendemain de la guerre
Juger les responsables du IIIe Reich
Lorsque l’Allemagne nazie capitule en mai 1945, les puissances alliées sont confrontées à une question majeure : que faire des principaux dirigeants du régime ? Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Union soviétique choisissent finalement la voie judiciaire. Le 8 août 1945, les quatre puissances signent à Londres un accord prévoyant la création d’un Tribunal militaire international.
Le choix de Nuremberg n’est pas anodin. La ville bavaroise avait accueilli les grands rassemblements du parti nazi et les congrès du NSDAP. Elle devient désormais le décor du procès de ceux qui avaient dirigé l’Allemagne hitlérienne.
Les audiences s’ouvrent officiellement le 20 novembre 1945, à peine six mois et demi après la capitulation allemande. Quatre juges, représentant les quatre puissances alliées, siègent au tribunal.
Les crimes du nazisme devant les juges
Quatre chefs d’accusation
L’accusation repose sur quatre catégories principales : le complot, les crimes contre la paix, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Cette dernière notion constitue l’une des grandes nouveautés du procès. Elle permet notamment de poursuivre les persécutions, les déportations, les assassinats et les exterminations commis contre des populations civiles.
Dans la salle d’audience, les procureurs présentent une quantité considérable de documents produits par l’administration nazie elle-même. Des photographies, des films et des témoignages viennent également documenter les atrocités commises dans les territoires occupés et dans les camps de concentration.
La persécution et l’extermination des Juifs d’Europe sont largement documentées. Si la Shoah ne constitue pas encore le cadre central du procès comme elle le sera dans les décennies suivantes, les preuves présentées permettent déjà de mesurer l’ampleur du crime.
Vingt-deux accusés dans le box
Vingt-quatre responsables sont initialement désignés, mais seuls 22 font finalement l’objet de la procédure. Certains sont morts avant le procès, tandis que Martin Bormann, disparu, est jugé par contumace.
Dans le box des accusés figurent notamment Hermann Göring, ancien numéro deux du régime, Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères, Wilhelm Keitel, chef du haut commandement de la Wehrmacht, ainsi que plusieurs responsables politiques, militaires et administratifs du Reich.
Adolf Hitler, Heinrich Himmler et Joseph Goebbels ne sont pas jugés : tous trois sont morts avant la fin de la guerre.
Le verdict tombe à l’automne 1946
Douze condamnations à mort
Après 218 jours d’audience, le Tribunal rend son jugement les 30 septembre et 1er octobre 1946. Dix-neuf accusés sont reconnus coupables d’au moins une partie des faits qui leur sont reprochés. Trois sont acquittés : Hjalmar Schacht, Franz von Papen et Hans Fritzsche.
Douze condamnations à mort sont prononcées, notamment contre Göring, Ribbentrop, Keitel, Kaltenbrunner, Rosenberg, Streicher et Frank. Trois accusés sont condamnés à la prison à perpétuité et quatre autres à des peines allant de dix à vingt ans. Le tribunal déclare également criminelles plusieurs organisations majeures du régime, dont la SS, la Gestapo, le SD et la direction du parti nazi.
Le verdict marque ainsi une rupture : les responsables d’un État ne peuvent plus considérer leur fonction officielle comme une protection absolue face à certains crimes. C’est l’un des héritages juridiques les plus importants de Nuremberg.
16 octobre 1946 : les exécutions de Nuremberg
Dix condamnés pendus
Au matin du 16 octobre 1946, les condamnations à mort sont mises à exécution dans l’ancien gymnase de la prison de Nuremberg. Dix condamnés sont pendus : Joachim von Ribbentrop, Wilhelm Keitel, Ernst Kaltenbrunner, Alfred Rosenberg, Hans Frank, Wilhelm Frick, Julius Streicher, Fritz Sauckel, Alfred Jodl et Arthur Seyss-Inquart.
Hermann Göring, qui devait lui aussi être exécuté, échappe à la potence. La veille de son exécution, il se suicide dans sa cellule après avoir ingéré une capsule de cyanure.
Martin Bormann, condamné à mort par contumace, n’est évidemment pas présent. Sa mort à Berlin en 1945 ne sera établie avec certitude que plusieurs décennies plus tard.
Les dernières heures des condamnés
Après les pendaisons, les corps sont transportés à Munich. Ils sont incinérés et leurs cendres dispersées dans un affluent de l’Isar. Le choix de ne pas conserver les dépouilles répond notamment à la volonté d’éviter que les tombes des anciens dirigeants nazis ne deviennent des lieux de rassemblement ou de propagande.
Nuremberg, un héritage pour la justice internationale
Une nouvelle conception de la responsabilité
Le procès de Nuremberg ne règle évidemment pas à lui seul la question de tous les crimes nazis. Des milliers d’autres procédures sont engagées après la guerre. À Nuremberg même, douze procès supplémentaires se déroulent entre 1946 et 1949, visant notamment des médecins, des juges, des industriels, des militaires et des membres des Einsatzgruppen.
Mais le premier procès demeure le plus symbolique. Il établit surtout un principe appelé à devenir fondamental : certains crimes sont si graves qu’ils peuvent engager la responsabilité individuelle de leurs auteurs au regard du droit international.
Une mémoire toujours actuelle
Quatre-vingts ans après les exécutions du 16 octobre 1946, Nuremberg demeure associé à la naissance de la justice pénale internationale moderne. Le procès a contribué à faire reconnaître les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre comme des infractions relevant du droit international. Quelques années plus tard, cette dynamique participe notamment à l’adoption par l’ONU de la Convention de 1948 sur le génocide.
Nuremberg n’a pas seulement jugé des hommes. Il a également posé une question qui dépasse largement le contexte de 1945 : jusqu’où un individu peut-il se retrancher derrière l’État, ses fonctions ou les ordres reçus lorsqu’il participe à des crimes de masse ? C’est précisément pour cette raison que, 80 ans après les exécutions, le procès de Nuremberg demeure l’un des grands repères de l’histoire contemporaine.
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